Cette page a pour but de montrer par quelques exemples comment le marketing en politique cherche à vous imposer un choix en vous manipulant.

Et zou, la mÍme trois mois plus tard...

Vous voulez savoir ce qui a changé en trois mois ? Il suffit de lire l'image ci-dessous. Un personnage vous regarde suspicieusement, un est serein, l'autre interroge le ciel...
DSK
Si la manipulation a autant de succès que la dernière fois, vous savez quelle est la tendance en cette fin de février.

Jouer sur les photos

L'image est peut-être un des moyens subliminaux les plus puissants. Le montage ci-dessous a été publiée à de nombreuses reprises dans 20 minutes, et il est même passé à la télévision (il restait quatre candidats PS à l'époque).
A première vue, la mosaique de photo est neutre. Cependant, on remarque vite que seule SR est souriante (ce qui doit la rendre naturellement sympathique) alors que les autres semblent sérieux, inquiets, pensifs ou dubitatifs. Dans une communication purement visuelle, le résultat est immédiat : on retient l'image sympathique et on cherche à oublier les autres.
Répéter l'opération plusieurs fois et l'on tombe dans une action de répétition subliminale décrite ci-dessous. Du grand art !
DSK

Autres types de manipulation possibles.

La photographie est un art et il ne suffit pas de presser sur le bouton pour avoir le résultat voulu. Les photographes de presse semblent beaucoup s'amuser avec cela et ils ont plusieurs cordes à leur arc...

Il est facile de "remplir" ou de "vider" une photo avec le même nombre de personnes. Quelques personnages entourant la personnalité "de près" peuvent laisser penser à une forte attractivité de celle-ci, ou au contraire à une distanciation si on les éloigne. Une des manipulations que j'ai le plus constaté avec les photos de groupe est aussi de présenter un candidat en premier plan avec un adversaire que l'on veut promouvoir "mine de rien" en arrière plan.
En fonction de ce que l'on appelle la "focale" (paramètre optique de l'objectif), une photo paraîtra plus ou moins naturelle (en fait, plus ou moins applatie ou déformée). Ceci peut aller jusqu'à ridiculiser la personne prise en photo. Ceci peut être accentué en utilisant des effets de plongée ou de contre-plongée.

La lumière joue énormément aussi. Un coup de flash puissant va donner un air malade au sujet (effet fromage blanc), un coup de flash rasant va accentuer ses traits et le vieillir alors qu'un coup de flash doux et équilibré va au contraire gommer les défauts de son visage.
Royal en bourgeoise nunuche
Enfin, il est facile de figer une attitude "invisible" dans un mouvement général, mais ridicule ou "grandiose" une fois isolée.

Parmi les candidats, Royal et Sarkozy bénéficient le plus souvent de ce genre de manipulation, mais de temps en temps, un photographe "se lache" comme dans la photo ci-dessus (parue dans Libération) prise en septembre 2006 lors d'un pique-nique de campagne et qui aurait pu s'intituler "nunuche dans les champs...". Tout y est : la petite focale et la grande profondeur de champ, les gens éloignés en arrière plan qui ont l'air de s'ennuyer, une lumière mal répartie et une expression style "maîtresse d'école des beaux quartiers".

Faire passer des messages subliminaux

Si je vous dit la favorite des sondages, la candidate probable à l'investiture, vous pensez à qui ? Si vous répondez Dominique Voynet, vous aurez raison mais c'est sans doute aussi que vous ne lisez pas la presse ou les dépêches de l'AFP et que vous ne vous êtes pas habitué à ces formules qui désignent implicitement SR comme vainqueur des primaires du PS avant qu'elles aient eu lieu. Il est étonant que des journalistes se laissent aller à faire ce genre de manipulation rhétorique, mais en faisant un peu attention, on est parfois surpris du nombre de fois où on lit ce genre de formules marketings. Le top de la manipulation en la matière est de faire un article sur une personne et de ne parler que de celle qui intéresse le journaliste.

Dire toujours la même chose sous des formes différentes

Une des lois élémentaires de la communication, est de répéter à l'infini le même message. Mais, comme le rabâchage entraîne l'ennui puis généralement le rejet, il est nécessaire de procéder à une manipulation subtile des esprits.
Le moyen le plus simple est de varier la forme et de garder le fond.

Depuis début 2006, une campagne a commencé pour nous imposer deux candidats et seulement deux, au deuxième tour des élections : Nicolas Sárközy de Nagy-Bócsa et Marie-Ségolène Royal.

D'abord, pourquoi ce choix ? Sans doute pour plusieurs raisons :
  • parce que le duel Le Pen / Chirac de 2002 a laissé de mauvais souvenirs et qu'il existe un consensus général tacite pour ne pas se retrouver dans cette situation, quitte à s'arranger avec l'égalité des chances
  • parce que cela forme un couple "vendeur" ; d'un côté "un sale gosse qui en veut", de l'autre une "maman charmante qui rassure"
  • parce que le camp sarkozyste préfère combattre une candidate qui n'a pour elle que son image, plutôt que des économistes ou des juristes confirmés (Nicolas Sárközy de Nagy-Bócsa n'a jamais été un étudiant brillant)
  • parce que le camp royaliste a lancé son offensive à un moment d'apathie politique à gauche, les candidats étant paralysés par le calendrier électoral fixé par la direction du PS.
Toutes ces raisons ont abouti à une exposition médiatique qui s'est auto-alimentée jusqu'à mi-juillet 2006 (magazines people qui "créent" l'actualité, relais des médias plus "sérieux" entraînant des commentaires de commentaires, ...) au détriment de l'exposé des idées, des projets et des visions pour la France (Cf. les statistiques hebdomadaires ci-dessous).
Dernière précision sur l'impartialité journalistique et qui illustre aussi le mécanisme du "rabâchage". Au 12 juillet 2006, lorsque l'on faisait une recherche dans les archives de certains journaux ou sur google sur "le prénom + le nom" des candidats, on obtient (voir l'historique complet des stats ici - y compris après le 12 juillet):
Qui
Le Monde
sur 1 mois
Libération
Le Figaro
Google
F. Bayrou 20 (-) 1053 () 1 (-) 1910000 (+)
J. Bové 18 (-) 567 () 1 (-) 1200000 (+)
L. Fabius 22 (-) 1656 () 6 () 1230000 (-)
F. Hollande 61 (-) 1690 (-) 25 (-) 1490000 (-)
L. Jospin 67 (-) 2811 () 18 () 2350000 (+)
A. Laguiller 5 (-) 237 () 0 (-) 314000 (-)
J. Lang 24 (+) 647 (+) 5 (-) 1330000 (-)
J.-M. Le Pen 22 (+) 1590 () 9 () 1500000 (+)
S. Royal 88 (-) 572 (+) 27 (-) 2870000 (-)
N. Sarkozy 183 (-) 5817 () 105 () 4600000 (-)
D. Strauss-Kahn 24 (-) 847 () 3 () 4640000 ()
Voici les recherches effectuées :
  • Bayrou, Bove, Fabius, Jospin, Laguiller, Lang, Hollande, Royal, Sarkozy : "prénom + nom"
  • Le Pen : "jean-marie le pen" et/ou "jean-marie lepen"
  • Strauss-Kahn : "Strauss-Kahn" et/ou "Strauss Kahn" ; [ dsk OR "strauss-kahn" -death -Deutsche -nl -bg -lu -gmbh ] sur google

Faire parler les chiffres des sondages

Depuis plusieurs moins, nous avons vu fleurir des dizaines, voir des centaines de sondages du style :
sondage bidon
Tout d'abord, manipuler un tel sondage (fait par internet sur le site du Monde) est facile : il suffit de se débrouiller pour changer d'adresse IP (rebootez votre ?Box) et d'effacer ses cookies. Libre à vous ensuite d'utiliser le résultat pour faire passer le message, comme par exemple ici que la candidate est, de tous les prétendants, celle qui a la plus grande confiance de la part des Français. Oui, sauf que :
  • on ne sait pas ce que les votants ont pu mettre derrière "une autre politique", sinon qu'elle est plus ferme (et donc qui peut être contre ?)
  • pourquoi spécifiquement la "délinquance des jeunes" sinon pour renvoyer à une peur diffuse issue entre autres, des émeutes de décembre 2005 (la peur est un ressort très souvent utilisée en marketing politique - voir la campagne de réélection de G. Bush)
  • enfin, pour ce qui est des autres candidats, ils sont a priori passés à la trappe dans l'esprit du lecteur, car non présents dans ce sondage.
Autre manipulation, la question elle-même. Une question "honnête" doit être du style, oui, non, 50%/50%, ne sait pas.
Ici les réponses sont de type oui / non / ne sais pas (pas le droit d'être neutre, ce qui amplifie mécaniquement la tendance), mais avec une dissymétrie au niveau des qualificatifs des oui / non. D'un côté on a l'expression "faire plus" qui est purement quantitative et de l'autre "excessif" qui elle est un jugement moral. Or sur cette question, le jugement moraliste irait plutôt dans le sens du oui (soyons sévère), alors que le non est plus le choix de ceux qui n'ont pas a priori une rhétorique moraliste ; cela diminue donc la possibilité de répondre non (oui = réponse morale "claire", non = réponse morale implicite, ce qui incite à passer au oui ou à sans opinion selon votre choix "réel").
Au final, la question et les réponses proposées insistent à conclure que la candidate est non seulement la seule en lice contre Nicolas Sárközy de Nagy-Bócsa, mais qu'en plus vous venez de la plébisciter au regard du score atteint.

Les sondages traduisent-t-ils au moins une tendance ?

Le sondage web suivant a été fait environ une semaine avant le précédent (toujours sur le site du monde) :
sondage bidon
Etrangement, le sens des réponses s'inverse et les indécis sont moins nombreux (alors que le contexte général et les thèmes abordés n'ont pas changé entre temps) : les sondés qui se déclaraient d'accord avec les propos de la candidate, déclarent maintenant ne pas croire à sa sincérité : "elle a raison, mais on pense qu'elle ne croit pas ce qu'elle dit".
Certes, une telle position est possible, mais elle serait très subtile pour ce niveau de débat.

Que s'est-il donc passé ?
En fait rien, sinon du temps. Le premier sondage est un sondage "sur le vif" : il mesure principalement la réaction émotionnelle de l'instant.
Le deuxième message élargit la réflexion à un ensemble de déclarations passées : il mesure (un peu mieux) la réflexion des sondés sur la durée.
Il est donc hasardeux d'en déduire une inversion de tendance, autant qu'il était hasardeux de conclure du premier sondage que la candidate avait le soutien des sondés ; tout ce qu'il est raisonnable de conclure, c'est qu'une majorité de sondés est émotionnellement sensible aux questions de sécurité, et qu'une majorité de sondés ne croient pas aux discours des politiques.

Fallait-il des sondages pour savoir cela ?

Et moi, est-ce que je vous manipule ?

Il est clair qu'il n'existe pas d'exposé neutre des idées, et encore moins en politique. Ce site de soutien n'échappe évidemment pas à la règle, mais au moins, il ne prétend pas être impartial. Cependant, il essaie a minima d'exposer des éléments (éventuellement) réfutables en s'appuyant principalement sur la raison, et pas sur l'émotion.
Une exception cependant : les photos. J'ai inséré un DSK jovial sur des pages "positives" et un DSK sévère sur des pages critiques comme celle-ci.

Mais bon, vous avez maintenant quelques éléments de décodage pour ne plus vous faire manipuler...
dsk president